Notre vision est de contribuer à un secteur assurantiel qui pilote ses sinistres avec deux indicateurs indissociables : le coût et le carbone.
En ce sens, les assureurs ont 3 gisements principaux d'émissions : les placements financiers, la souscription et la gestion des sinistres. Dans le cadre de leur reporting CSRD d’une part, et celui de la gestion de la charge sinistre d'autres parts, certains assureurs européens ont commencé à publier sur les émissions associées aux sinistres, là où réside des leviers d’actions.
Pour rappel, le Scope 3 aval des assureurs recouvre deux postes très différents :

Ces deux postes ont chacun leur cadre et leur niveau de maturité. Sur les IAE de souscription, le standard international PCAF Part C existe depuis 2022 et a été étendu en 2025. Environ huit grands assureurs mondiaux publient un chiffrage absolu (AXA, Allianz, Swiss Re, Zurich, Aviva, SCOR, Fidelis, a.s.r.).
Sur les émissions de sinistres, l’un des cadres de référence est la Recommandation AdF 11/2025 des Ateliers du Futur. Quatre groupes européens publient pour 2025 :
Aucun acteur ne publie encore les deux postes
Les montants 2025 sur le Scope 3.11 ne sont pas comparables entre eux : les périmètres, les frontières méthodologiques et les niveaux de maturité diffèrent. Cet article reprend les chiffres tels qu'ils figurent dans les documents publics et identifie les spécificités méthodologiques.

La première chose à clarifier, c'est qu'on parle de deux postes distincts du Scope 3 aval. Ils répondent à des questions différentes, suivent des standards différents, et concernent des acteurs différents.
L'IAE attribue à un assureur une part des Scope 1 et 2 des entreprises et particuliers qu'il assure, via un ratio d'attribution PCAF (généralement prime / CA pour les entreprises, prime / coût total de possession pour les particuliers).
C'est l'équivalent côté assurance des « financed emissions » côté placements financiers (Scope 3.15 financing). Le standard de référence est PCAF Part C, publié en 2022 et étendu en 2025 aux project insurance et treaty reinsurance.
À ce stade, le standard PCAF Part C ne couvre que motor + commercial lines. L'habitation, l'agricole, le RC matériel restent hors champ — ce qui explique mécaniquement que certains assureurs au périmètre large (Groupama notamment) ne peuvent pas s'inscrire dans PCAF strict.
Selon le benchmark KPMG (juin 2025) portant sur 45 grands assureurs mondiaux : 80 % publient leurs émissions financées (investissements, Scope 3.15 financing) ; 18 % (soit environ 8 acteurs) publient leurs IAE de souscription. Les acteurs identifiés à ce jour comme publiants : AXA, Allianz, Swiss Re, Zurich, Aviva, SCOR, Fidelis Partnership, a.s.r. (Pays-Bas).
Le Scope 3.11 sinistres mesure l'empreinte de l'indemnisation et de la remise en état des biens : extraction et transformation des pièces, transport, intervention des artisans, peinture, assistance, expertise, véhicule de remplacement, fin de vie de l'épave. C'est le poste qui se rattache directement à l'activité de gestion de sinistres.
Le cadre européen de référence est la Recommandation AdF 11/2025 des Ateliers du Futur, qui pose une séparation explicite avec l'IAE de souscription, une distinction critique sinistre partiel / sinistre total, et un mécanisme d'anti-double-comptage des recours.
Quatre groupes européens publient un Scope 3.11 sinistres pour l'exercice 2025 : Groupama, Crédit Agricole Assurances, Macif et Protector Forsikring.
Le fait marquant est qu'aucun acteur ne publie aujourd'hui les deux postes. Les grands groupes mondiaux qui publient IAE souscription ne publient pas Scope 3.11 sinistres, et inversement. C'est presque deux populations disjointes — ce qui reflète à la fois des stades de maturité différents, des sensibilités différentes (gros corporate vs particuliers / sinistres), et l'absence de cadre commun jusqu'à 2025.
Depuis l'application de la CSRD et de l'ESRS E1, les assureurs européens publient une empreinte carbone élargie au Scope 3 aval. Pour la non-vie, c'est cette double exposition souscription / sinistres qui concentre l'enjeu.
Côté cadre, l'environnement a évolué rapidement :
Trois doctrines coexistent aujourd'hui sur le Scope 3 aval :


À retenir : déduction des recours de −24 479 tCO₂e en 2025 (dont 23 690 sur le property). Seul des quatre groupes à publier ce mécanisme.


Les montants bruts ne sont pas comparables entre eux. Trois raisons principales :
Périmètres branche : Groupama couvre auto + MRH + agricole + RC ; CA Assurances couvre auto FR + Intl et habitation limitée aux dégâts des eaux ; Macif couvre auto FR + assistance ; Protector couvre property + motor + liability sur 6 pays. Une comparaison des montants reviendrait à comparer des Scope 3.11 calculés sur des bases d'activité fondamentalement différentes.
Frontières méthodologiques : aucun des quatre groupes ne distingue à ce stade publiquement les sinistres partiels (cradle-to-gate) des sinistres totaux (avec usage du bien remplacé sur sa durée de vie résiduelle), comme le préconise le §6.2 AdF. Cette distinction est pourtant celle qui conditionne la reconnaissance de pratiques vertueuses (par exemple, inciter au remplacement d'un véhicule thermique perte totale par un véhicule électrique).
Niveaux de qualité de donnée : Protector communique sa méthode comme spend-based EXIOBASE — robuste pour un premier inventaire à grande échelle, auditable, mais peu fine sur la distinction partiel / total. Groupama et CA Assurances utilisent des méthodes plus fines mais propriétaires. Macif structure encore sa méthode. Les niveaux d'exigence A/B/C/D proposés par la Reco AdF (de ±10 % à ±70 %) ne sont publiés par aucun des quatre.

Trois lectures, qui ne se substituent pas les unes aux autres :
Pour les fournisseurs de données : la mesure conditionne directement les premières green clauses d'assurance - différentiel thermique -> électrique en perte totale, financement d'équipement basse consommation en dégât des eaux. Sans donnée fiable au niveau dossier, ni tarification ni valorisation chiffrée de ces leviers ne sont possibles.
Le vrai chantier n'est pas de produire plus de chiffres, c'est d'harmoniser les frontières. Quatre publications, quatre méthodes, quatre périmètres : la comparabilité ne se décrétera pas par le volume, elle se construira par le cadre.
Les zones grises Q1-Q4 sont des sujets de doctrine collective, pas de chiffrage individuel. Notre conviction est que le FIT UNEP FI est probablement le bon véhicule pour les trancher, en s'appuyant sur le cadre AdF 11/2025 comme socle technique européen.
CarbonRisk Intelligence travaille à la production de données au niveau dossier, en cohérence avec les principes posés par la Recommandation AdF 11/2025 (distinction partiel / total, traçabilité physique des flux, anti-double-comptage des recours). Cet article ne porte pas de jugement de valeur sur les acteurs cités : la performance climatique d'un assureur n'est pas lisible à partir des seuls montants publiés.